3. Charles Sorel, Les Nouvelles françoises

 

 

Il revient à Charles Sorel, sieur de Souvigny (1602-1674), qui se prétendait le descendant d'Agnès Sorel ( !), d'avoir relancé la nouvelle au XVIIe siècle avec Les Nouvelles françoises, où se trouvent les divers effects de l'amour et de la fortune (Paris, Billaine, 1623, 590 p. : 5 textes). Toujours cité dans les histoires littéraires pour ses romans picaresques avant la lettre (Histoire comique de Francion, 1623, 1626, 1633), satiriques (Le Berger extravagant, 1627, 1628, réimprimé sous le titre de l'Anti-Roman : …déjà !), pour ses ouvrages de critique littéraire, si précieux encore de nos jours (La Bibliothèque françoise, 1661, De la connoissance des bons livres, 1671), Ch. Sorel, nouvelliste, est proprement oublié (contrairement à son successeur, Segrais). Il a été pourtant le premier à proposer des exemples de narration qui n'ont plus aucun point commun avec la nouvelle des XVe et XVIe siècles : "Nous avons les Nouvelles de la Reyne de Navarre, où il y a l'histoire d'un gentilhomme qui coucha avec sa mère, et qui espousa la fille qu'il avoit eue d'elle, laquelle fut sa soeur, sa femme et sa fille tout ensemble. Il y a là aussi beaucoup de contes exécrables de Prêtres et de Cordeliers, toutes lesquelles choses ne furent jamais, et ont été inventées par un Huguenot qui a composé le livre." (Le Berger extravagant, Rouen, Berthelin, éd. 1646, I, p.501). A l'exemple des nouvellistes espagnols (avec notamment ce modèle représenté par les Nouvelles exemplaires de Cervantès, traduites dès 1615), Ch. Sorel fait de la nouvelle un récit étendu, une centaine de pages in-12 du temps (cinq textes suffisent à présent pour composer un recueil), un récit grave, sentimental (l'auteur a puisé dans Cervantès : Les Mal mariez s'inspire de L'Amant généreux; La Recoignaissance d'un fils, de L'Illustre Bohémienne). Même si les nouvelles se définissent par un romanesque assez débridé (enlèvements, déguisements, tempêtes, naufrages, pirates…), tempéré néanmoins par un souci de vraisemblance au sens où l'entendait l'époque classique, les nouvelles se lisent avec plaisir (il n'est que de se reporter à La Soeur jalouse). Et ce n'est pas un des moindres intérêts des sujets de toutes les nouvelles - elles ne mettent pas toujours en scène des personnages de nationalité française ! - que d'opposer les classes sociales : le fils d'un sergent de ville devient le rival - heureux - d'un baron (Le Pauvre généreux), un capitaine se dresse contre son roi (Les Mal mariez), les amours contrariées d'un laquais et d'une paysanne (La Soeur jalouse), un homme pauvre aime une coquette (Les Trois amants), un grand seigneur s'éprend d'une fille pauvre (La Recoignaissance d'un fils).

Le recueil sera réédité en 1645 sous un nouveau titre : Les Nouvelles choisies, où se trouvent divers incidens d'amour et de fortune (Paris, David, 2 vol.), oeuvre augmentée de deux textes (Les Amours hors de saison, Les Respects nuisibles), avec changement dans les titres et les noms, avec la présence cette fois d'un cadre directement inspiré de L'Heptaméron : parcourant son royaume, une princesse s'arrête dans un château, et engage, pour se distraire, les membres de sa cour "à se resouvenir des Histoires ou Nouvelles les plus intriguées et les plus agréables dont ils eussent iamais eu cognoissance afin que l'on leur pust donner le nom de choisies." (I, "Avant-objet")

Bibliographie :