13. Mérimée, Mosaïque (1833)

 

 

"Le défaut des nouvelles de Mérimée est d'être trop connu.",
déclara un jour Kléber Haedens.

 

De fait, Prosper Mérimée (1803-1870) est un des deux écrivains français (le second étant, naturellement, Maupassant) à avoir réussi ce dont rêvent les nouvellistes français du XXe siècle : être connu de tous, être lu par tous, laisser des titres, Carmen, Colomba, Mateo Falcone, par exemple, si célèbres qu'il n'est nul besoin d'y associer un nom, à être encore, parce qu'on est populaire, couvert d'éditions de poche ! Si l'oeuvre mérite assurément son statut d'archétype (en 1833, une voix de La Revue des Deux Mondes s'enthousiasmait déjà : "Au milieu de ce débordement de livres communs qui nous inondent, nous, pauvres critiques, ce nom est une consolation pleine de charme de lire et de relire des ouvrages comme ceux de M. Mérimée."), il est dommage qu'elle ait tant occulté, comme celle de Maupassant, peut-être un peu moins de nos jours, la production de récits courts des XIXe et XXe siècles. (Cela fait longtemps que je pense que le genre au XXe siècle souffre davantage de la concurrence de la nouvelle du XIXe siècle que de celle de la nouvelle étrangère.) D'autant que l'idée, selon laquelle Mérimée aurait signé l'acte de naissance de la nouvelle française en 1829 avec Mateo Falcone, fait force de loi, et le fera encore longtemps je le crains. Or cette idée est fausse : qu'on se reporte aux titres précédents.

Mosaïque (Paris, Fournier, 1833, 439 p.) est le premier recueil de Mérimée (il rassemble des textes prépubliés en revue entre 1829-1830; il existerait une édition de 1833 parue avec une couverture bleue, portant la mention "Recueil de contes et de nouvelles"). Le recueil sera suivi de quatre autres : en 1841 (Colomba, Les Ames du purgatoire, La Vénus d'Ille), en 1847 (Carmen, Arsène Guillot, L'Abbé Aubain), en 1852 (Nouvelles, avec Carmen, qui, à l'instar de Colomba, est bien une nouvelle, une longue nouvelle comme le sont Le Colonel Chabertde Balzac, des textes de Barbey d'Aurevilly, de Gobineau…), en 1873 (Dernières nouvelles) - on notera que Mérimée préfère, au terme usuel de "conte" à l'époque, celui de "nouvelle".

Dès le titre, Mérimée avertit du caractère hétérogène de son recueil puisqu'il réunit sept textes narratifs, d'inspiration variée, et d'autres qui ne le sont pas : des romances, une correspondance, une saynète. Le fait peut surprendre, mais il est habituel à ce moment : par exemple, dans Les Filles du feu, Nerval inclut Les Chimères. Il est bon de relire les oeuvres originales !

Si les sujets de Mateo Falcone et de Tamango sont dans toutes les mémoires, les autres textes mériteraient d'être mieux connus : Vision de Charles XI (une apparition terrifiante, donnée pour authentique), L'Enlèvement de la redoute (un fait militaire), Federigo (une légende : celle d'un pacte avec le diable), Le Vase étrusque (une histoire sentimentale : un homme, jaloux sans raison, meurt dans un duel), La Partie de trictrac (le destin malheureux d'un tricheur). Placés ou non dans un cadre (L'Enlèvement de la redoute, La Partie de trictrac), les nouvelles reposent sur le caractère d'exception conféré au sujet, qui compense, par l'intérêt qu'il suscite, par le paroxysme dramatique, par la chute, le petit nombre de pages. Lisez Le Vase étrusque.

Bibliographie :