SOUVENIRS D'UN LISEUR DE NOUVELLES
Georges-Olivier Châteaureynaud
Tout comme moi, Georges-Olivier Châteaureynaud est un familier des Puces (il fut brocanteur à la Porte de Vanves… un de mes lieux de prédilection, ma compagne vous le dira avec un de ces soupirs), un grand amateur aussi de bandes dessinées, appelé dans notre jargon du neuvième art bédéraste (je le croisai ainsi à des Conventions parisiennes, ces Salons que je préférerai toujours aux autres); nous avons encore en commun une sainte horreur de l'avion (mais lui ne l'a jamais pris). Voilà des traits qui me rendent proche un homme, qui, sous des dehors sévères, est la cordialité même. Et puis un auteur qui est un bédéraste (j'insiste) ne saurait m'être que sympathique. Cela fait tellement peu sérieux ! (Est-ce un hasard si la réciproque est vraie ?). Je le revois avec beaucoup de plaisir aux Festivals de Saint-Quentin, aux Salons du Livre à Paris ou à la remise du Prix de la Renaissance de la Nouvelle à Ottignies : impossible de la manquer avec sa grande taille, sa chevelure abondante (avec Pierre Gripari, il est le seul que mes étudiants aimaient aborder). Si, parmi les nouvellistes français actuels, il est celui que je recommande volontiers, c'est évidemment pour d'autres raisons. La principale demeure que ses sujets me sortent de l'ordinaire, réaliste ou psychologique, si ennuyeux ou si commun, de tant de ses collègues : et son univers, ton, effets, style, que patiemment il crée (contrairement à beaucoup, il n'a jamais rougi du titre de conteur), est unique, à l'instar de ses grands prédécesseurs (Marcel Arland, Marcel Aymé, S. Corinna Bille, Pierre Gripari, Paul Morand…). Le meilleur souvenir que je garde de lui, c'est sa venue à un de mes cours, en 1988, où, pour la première fois, il se laissa aller à "disserter" sur la nouvelle (ce qu'il avait toujours refusé : étonnant de constater comme les bons nouvellistes contemporains sont peu dogmatiques), à s'exprimer sur une conception de la littérature fondée sur le refus de toute mode, de tout cliché, persuadé que le nouvelliste ne raconte des histoires que pour mieux se raconter lui et que c'est à ce prix qu'il interpellera son lecteur : tout le contraire d'un "faiseur" de nouvelles comme Daniel Boulanger. Mes rencontres avec Georges-Olivier Châteaureynaud, c'est encore ce beau texte consacré par lui, dans le n°16 de Roman, à L'Invention de Morel de A. Bioy Casarès. La découverte, tardive de ce livre extraordinaire (cela fait longtemps que je ne lis plus - malheureusement - que des auteurs français) eut cette conséquence de me persuader que les textes de Georges-Olivier Châteaureynaud, trop peu connus, sont bien à la hauteur des oeuvres des meilleurs conteurs sud-américains. J'aime des gens comme lui qui me rappelle le plaisir de lire par plaisir.