Marcel Arland

 

Ma seule rencontre avec Marcel Arland date de 1972 : dans son bureau chez Gallimard. Dès 1958, je lui avais écrit, à plusieurs reprises, au sujet de mon mémoire de licence (à l'Université de Liège), qui lui était consacré. J'avais été touché par son extrême gentillesse à être à l'écoute de mes questions, souvent élémentaires, sa diligence à me répondre par retour du courrier; la précision et la qualité de ses commentaires m'ouvraient les yeux sur toute une série de facettes de la création littéraire (l'étiquette de "nouvelle-instant" que je lançai par après, me fut inspirée par l'une de ses remarques). C'est donc tout naturellement que je souhaitai le rencontrer, quand, dans les années 70, je préparais mon étude sur la nouvelle française. Lors de notre entretien, quelques heures à peine, je ne manquai pas d'être frappé par les longs moments de silence qu'il imposait à son auditeur, au point de le mettre mal à l'aise : c'est depuis ce jour que je décidai de ne plus aborder un auteur un questionnaire sous le bras ! Cet entretien m'a toujours laissé une impression d'inachevé : j'étais devant un homme qui refusait, par modestie vraie, mon admiration pour son oeuvre de nouvelliste. Par la suite, ce sentiment, qui ne confina jamais à la dévotion, je préférai le lui témoigner dans une correspondance régulière, fidèle, où je l'entretenais de mes nouveaux travaux. Les lettres reçues étaient attentives, chaleureuses, émues. C'est ainsi qu'il me proposa de me faire attribuer par l'Académie Française un prix pour un ouvrage qui n'était pas dévolu… à la nouvelle ! (Et la promesse fut tenue). Lorsque j'appris son décès par la voix si impersonnelle d'un journaliste de la télévision, j'eus ce réflexe, incroyablement professionnel, d'aller inscrire dans mon répertoire des nouvellistes à côté de son nom la date de sa mort. C'est mon souvenir de liseur de nouvelles le plus triste…